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Espresso, décaféiné, latte… Le café fait partie du quotidien de nombreuses personnes, qu’il soit consommé occasionnellement ou plusieurs fois par jour. Mais nos habitudes ne dépendent pas seulement du goût ou de nos routines : notre sensibilité à la caféine, notre santé cardiovasculaire et certains facteurs génétiques semblent aussi influencer la quantité et le type de café que nous choisissons de boire. De nouvelles recherches tentent d’y voir plus clair.
Une vaste étude publiée en 2021, menée par des chercheurs de l’Université d’Australie du Sud en partenariat avec le SAHMRI auprès de 390 435 participants, a apporté des arguments génétiques en faveur d’une influence de la santé cardiovasculaire — notamment la pression artérielle et la fréquence cardiaque — sur les habitudes de consommation de café.
Les chercheurs ont notamment constaté que les personnes souffrant d’hypertension artérielle essentielle, d’angine de poitrine ou d’arythmie avaient tendance à boire moins de café caféiné et étaient plus susceptibles de consommer du café décaféiné ou de ne pas boire régulièrement de café que les personnes ne présentant pas ces troubles cardiovasculaires.
Une pression artérielle systolique et diastolique plus élevée était également associée à une consommation plus faible de café caféiné. Une fréquence cardiaque au repos plus élevée était, quant à elle, associée génétiquement à une plus grande probabilité de consommer du café décaféiné.
Pour Elina Hyppönen, chercheuse principale de l’étude et alors directrice de l’Australian Centre for Precision Health de l’UniSA, ces résultats suggèrent que les différences individuelles de sensibilité à la caféine peuvent participer à une forme d’autorégulation de la consommation. Une personne sensible aux palpitations, à l’accélération du rythme cardiaque ou à la hausse de la tension provoquées par la caféine peut ainsi avoir tendance à réduire spontanément sa consommation ou à se tourner vers le décaféiné.
Cette interprétation est importante, car elle invite également à la prudence lorsque l’on étudie les effets du café sur la santé. Une personne qui ne boit pas de café ou qui choisit le décaféiné peut le faire précisément parce qu’elle tolère moins bien la caféine ou présente déjà certains problèmes de santé. Les études observationnelles comparant les grands consommateurs de café aux non-consommateurs peuvent donc être influencées par un phénomène de causalité inverse.
De nouvelles recherches sont depuis venues compléter ce tableau. Une étude finlandaise publiée en 2026 dans l’European Journal of Nutrition s’est intéressée non plus seulement au système cardiovasculaire, mais également à la composition corporelle, au métabolisme et aux hormones sexuelles. Ses résultats associent une consommation habituelle plus élevée de café à certains marqueurs métaboliques potentiellement favorables, tout en faisant apparaître des différences importantes entre les hommes et les femmes.
Cette étude menée par l’Université d’Oulu, en Finlande, repose sur une approche différente. Les scientifiques ont analysé 2 264 participants âgés de 46 ans issus de la Northern Finland Birth Cohort 1966, dont 47 % étaient des hommes.
Parmi eux, 2 194 consommaient du café et seulement 70 n’en consommaient pas. Les buveurs de café ont été répartis selon leur consommation habituelle : 1 à 2 tasses par jour, 3 à 4 tasses par jour ou au moins 5 tasses par jour. La consommation était là encore autodéclarée.
Les chercheurs ont comparé la consommation de café avec de nombreux paramètres : composition corporelle, masse grasse totale et viscérale, masse musculaire, métabolites circulants, marqueurs du métabolisme du glucose et de l’insuline ainsi que différentes hormones sexuelles. Les analyses ont été réalisées séparément chez les hommes et les femmes et ajustées notamment en fonction de l’IMC, du niveau d’éducation, du tabagisme, de l’activité physique et de la consommation d’alcool.
Contrairement à l’étude de 2021 et à ses analyses de randomisation mendélienne, l’étude finlandaise de 2026 est une étude transversale observationnelle. Elle permet donc de mettre en évidence des associations à un moment donné, mais pas de démontrer que la consommation de café est directement responsable des différences métaboliques ou hormonales constatées.
Consommation de café, indicateur de santé cardiovasculaire et métabolique ?
Les résultats de l’étude de 2021 suggèrent que la quantité et le type de café consommés peuvent en partie refléter la sensibilité individuelle à la caféine et certains paramètres cardiovasculaires. Les personnes présentant une hypertension, une angine ou une arythmie avaient ainsi davantage tendance à limiter le café caféiné, à privilégier le décaféiné ou à ne pas boire régulièrement de café.
Les résultats génétiques renforcent cette hypothèse. Une augmentation génétiquement prédite de la pression artérielle était associée à une diminution de la consommation de café caféiné, tandis qu’une fréquence cardiaque au repos plus élevée était associée à une probabilité accrue de choisir du décaféiné. Il est toutefois excessif d’en conclure que notre organisme déterminerait parfaitement une quantité de café « sûre » : les habitudes de consommation dépendent également du goût, de la culture, du sommeil, du mode de vie et de nombreux autres facteurs.
L’étude finlandaise de 2026 apporte un éclairage complémentaire. Malgré des IMC relativement similaires entre les groupes, les participants consommant davantage de café présentaient en moyenne moins de masse grasse totale et viscérale et davantage de masse musculaire squelettique que les consommateurs plus modestes.
Chez les hommes comme chez les femmes, une consommation plus importante de café était également corrélée à des concentrations plus faibles d’acides aminés à chaîne ramifiée, ou BCAA, parmi lesquels la leucine, l’isoleucine et la valine. Des concentrations chroniquement élevées de ces métabolites ont déjà été associées dans la littérature à l’insulinorésistance et au risque de diabète de type 2, ce qui en fait une piste intéressante pour mieux comprendre les liens observés entre café et santé métabolique.
Les différences les plus marquées concernaient les hommes. Une consommation plus élevée de café était associée à un profil glucose-insuline plus favorable, à des concentrations plus élevées de testostérone totale et biodisponible ainsi qu’à une augmentation de la SHBG, une protéine qui transporte les hormones sexuelles dans le sang. Après ajustement pour plusieurs facteurs de confusion, la testostérone totale augmentait en moyenne de 0,29 nmol/L pour chaque tasse quotidienne supplémentaire. Parallèlement, la testostérone libre et l’indice des androgènes libres étaient légèrement plus faibles.
Chez les femmes, les associations hormonales étaient moins nombreuses. Les chercheurs ont principalement observé une SHBG plus élevée et des marqueurs d’androgènes libres plus faibles lorsque la consommation de café augmentait. Ces différences entre les sexes suggèrent que les voies hormonales pourraient participer aux associations entre café et métabolisme, sans permettre pour l’instant d’établir un mécanisme causal.
Ces résultats ne signifient donc pas qu’augmenter volontairement sa consommation de café fera perdre de la graisse, gagner du muscle ou augmenter favorablement son taux de testostérone. Les auteurs soulignent eux-mêmes que des études longitudinales et des essais d’intervention sont nécessaires pour savoir si le café provoque réellement ces changements et, le cas échéant, pour identifier les composés responsables.
Plusieurs limites appellent également à la prudence. Dans l’étude finlandaise, le café était autodéclaré, le nombre de non-consommateurs était faible et la population étudiée était relativement homogène. Les chercheurs ne disposaient par ailleurs pas d’informations suffisamment détaillées sur la taille exacte des tasses, le type de grains, la torréfaction, la méthode de préparation ou les ingrédients ajoutés. Or ces éléments peuvent modifier sensiblement la composition de la boisson.
Pris ensemble, ces travaux montrent surtout que la relation entre café et santé est plus complexe qu’une simple opposition entre boisson « bonne » ou « mauvaise » pour le cœur. Notre état cardiovasculaire peut influencer la quantité de caféine que nous choisissons de consommer, tandis que la consommation habituelle de café est elle-même associée à différents profils métaboliques et hormonaux.
Autrement dit, le nombre de tasses consommées quotidiennement ne doit pas être considéré isolément. La tolérance individuelle, la pression artérielle, la fréquence cardiaque, les éventuels symptômes après consommation et le contexte général de santé restent essentiels. Une personne ressentant régulièrement des palpitations, une accélération du rythme cardiaque ou d’autres effets désagréables après avoir consommé de la caféine a tout intérêt à adapter sa consommation et, en cas de doute ou de maladie cardiovasculaire connue, à en parler avec un professionnel de santé.
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