La fumée d’un incendie ne disparaît pas simplement dans l’air : lorsqu’elle rencontre la pluie, une partie de sa matière peut revenir au sol avec l’eau.
Une équipe américaine a étudié ce phénomène à grande échelle en combinant des observations de fumée par satellite avec des mesures de pluie. Plus de 250 stations du National Atmospheric Deposition Program ont fourni des données sur la composition chimique des précipitations. Les chercheurs ont étudié trois années très différentes, 2014, 2020 et 2022, sur plusieurs régions des États-Unis et du Canada.

Feu de forêt en Europe.
Source : European Wildfires 2025 / ArcGIS StoryMaps
Pour comprendre, un incendie envoie dans l’atmosphère des gaz et de minuscules particules provenant de la végétation et d’autres matières brûlées. Quand de la pluie traverse une zone enfumée, l’eau peut récupérer une partie de ces substances et les entraîner vers le sol. Les scientifiques parlent de dépôt humide. Les éléments dissous deviennent alors directement accessibles à des plantes, des algues ou d’autres organismes.
Les chercheurs ont comparé les semaines comportant des journées avec fumée et pluie aux autres périodes. Les dépôts mesurés augmentaient pour les neuf types d’ions étudiés. Les hausses les plus marquées concernaient l’orthophosphate, une forme de phosphore, avec 46 %, puis le potassium avec 41 % et l’ammonium avec 36 %. Ces valeurs variaient toutefois fortement selon les régions.
Le phénomène peut peser lourd sur une année riche en fumée. En 2022, les stations ont connu en moyenne 21 journées associant fumée et pluie, contre quatre en 2014 et six en 2020. Cette année-là, ces épisodes ont représenté environ 20 à 30 % des dépôts annuels par la pluie de plusieurs substances mesurées, notamment l’ammonium, le phosphate et le potassium.
Un apport de nutriments peut favoriser la croissance dans un milieu qui en manque. Ailleurs, il peut au contraire modifier l’équilibre existant. Dans un lac ou un cours d’eau déjà riche en nutriments, un apport supplémentaire peut notamment favoriser une croissance excessive des algues.
On pourrait aussi penser que la pluie suffit à indiquer ce que chaque incendie transporte. L’étude ne permet pourtant pas d’attribuer les dépôts mesurés à un feu précis.
Les différences géographiques montrent pourquoi l’origine de la fumée compte. Le type de végétation brûlée, les conditions du feu, la distance parcourue et les transformations de la fumée dans l’atmosphère peuvent changer ce qui arrive finalement au sol. Les résultats indiquent donc surtout qu’un panache peut transporter des nutriments bien au-delà de la zone directement touchée par les flammes.
La prochaine étape sera justement de remonter des panaches jusqu’aux incendies qui les ont produits. Les chercheurs veulent déterminer si un feu de forêt, un autre type de feu de végétation ou des conditions de combustion différentes laissent des signatures distinctes dans la pluie. Cela permettra de mieux relier chaque dépôt mesuré à son origine.
