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    Moody’s épargne la France, maintient sa note inchangée et croit à une réduction



    bourse Cac 40

    (Actualisation: éléments de contexte, commentaires
    d’économistes, insistance de Moody’s sur la réforme des
    retraites.)

    Moody’s a déjoué les attentes en
    s’abstenant de dégrader la note souveraine de la France vendredi,
    tout en prévenant que d’importants efforts de réduction du
    déficit seraient nécessaires après l’élection
    présidentielle de 2027.

    L’agence d’évaluation financière conserve ainsi une notation
    supérieure d’un cran à ses homologues S&P Global et Fitch
    Ratings. Elle souligne que la note « Aa3 » attribuée à la France,
    toujours assortie d’une perspective négative, suppose que le projet
    de budget pour 2027 sera adopté et permettra une légère
    réduction du déficit.

    Dans un communiqué publié vendredi soir, Moody’s a
    indiqué s’attendre à ce que les récentes tensions sur les
    coûts de financement de la France s’apaisent quelque peu et à
    ce que le contexte social s’améliore dans le pays dans les
    prochains mois.

    Les observateurs misaient au contraire largement sur une
    dégradation de la note de crédit de la France au terme d’une
    semaine qui a vu les taux d’emprunt à 10 ans de l’Etat
    dépasser les 5% sur les marchés pour la première fois
    depuis 2002.

    Vendredi, l’écart de taux (« spread ») avec l’Allemagne s’est
    légèrement tassé autour de 168 points de base (1,68 point
    de pourcentage), après avoir atteint la veille des niveaux
    inédits depuis 2011, pendant la crise des dettes souveraines
    européennes.

    La décision de Moody’s « déjoue les pronostics déclinistes
    de nombreux ‘experts’ et de ceux qui spéculent sur la dette
    française », a réagi le Premier ministre, Sébastien
    Lecornu, dans un message publié sur le réseau X, tout en
    réaffirmant son objectif de 5% de déficit public pour 2027.

    De son côté, Moody’s prévoit une réduction plus
    modeste du déficit, à 5,2% du PIB contre 5,4% en 2026.

    « Un effort budgétaire significatif et prolongé sera encore
    nécessaire après les élections d’avril et mai 2027 pour
    remettre les finances publiques françaises sur un pied plus solide
    et pour stabiliser un poids de la dette qui dépassera les 120% du
    PIB en 2027 », a également souligné l’agence de notation.

    +Le financement des retraites, principale source de préoccupation+

    Les tensions sur le marché de la dette depuis cet été, le
    ralentissement de la croissance et les difficultés rencontrées
    pour assainir les finances publiques avaient laissé penser ces
    derniers jours que Moody’s s’alignerait sur ses homologues et
    réviserait finalement à la baisse la note française
    après s’en être abstenue au printemps.

    Parmi les récents signaux d’alerte, Fitch avait averti la semaine
    dernière qu’une réduction insuffisante du déficit public
    pourrait la conduire à ramener la perspective de la France à
    « négative », ajoutant qu’une augmentation substantielle de la dette
    pourrait entraîner un nouvel abaissement de la note souveraine.

    « Depuis notre dernière revue périodique de la note souveraine,
    une croissance plus faible et un déficit en hausse ont porté
    la dette française à un niveau quelque peu plus
    élevé que prévu auparavant », a également noté
    Moody’s vendredi. « En outre, les rendements des obligations d’Etat ont
    augmenté plus rapidement que nous ne l’avions prévu, tandis
    qu’un large mouvement de protestation sociale a éclaté,
    menaçant potentiellement les efforts de consolidation
    budgétaire ».

    Pour cette année, le gouvernement ne table plus que sur une
    croissance de 0,5% du PIB, avant une légère amélioration
    à 1% l’année prochaine, une prévision jugée
    optimiste par le Haut Conseil des finances publiques.

    A l’avenir, Moody’s n’a pas exclu de relever la perspective de la note
    française, notamment en cas de progrès sur le front de la
    réforme des retraites après sa suspension l’année
    dernière. A l’inverse, une incapacité à prendre des
    mesures pour rendre la dette plus soutenable rendrait probable une
    dégradation de la note, a prévenu l’agence. « Une pause
    prolongée ou un recul sur plusieurs réformes structurelles, en
    particulier sur les retraites, renforcerait également la pression
    sur la note ».

    +La défiance du marché complique les efforts du gouvernement+

    Les fondamentaux comme le déficit et la croissance restent les
    principaux paramètres pour apprécier la trajectoire de la
    dette française. Mais l’emballement des taux sur les marchés
    contribue également à alourdir progressivement la charge de la
    dette, à mesure que l’Etat doit refinancer des emprunts souscrits
    à des taux bien plus faibles ces dernières années.

    « Les indicateurs de soutenabilité de la dette se
    détériorent avec la hausse du taux d’intérêt moyen
    payé sur les engagements et la baisse de la croissance », soulignait
    la semaine dernière dans une note Eric Dior, directeur des
    études économiques de l’IESEG School of Management de Paris et
    Lille. « Ces facteurs augmentent en effet l’écart entre la hausse du
    solde primaire qui serait nécessaire pour stabiliser la dette en
    pourcents du PIB, et ce que les élus et la population sont
    prêts à concéder ».

    L’écart de taux avec l’Allemagne s’est fortement creusé ces
    derniers mois: il était de seulement 70 points de base début
    juillet, lorsque le rendement de l’OAT française à 10 ans
    évoluait autour de 3,6%.

    Certains observateurs jugent cette envolée des coûts d’emprunt
    excessive au regard du faible risque de défaut de paiement de la
    France. Pour autant, l’incertitude politique en vue de la
    présidentielle de 2027 et la montée des tensions sociales dans
    le pays pourraient continuer d’alimenter la volatilité, indique
    Christophe Boucher, Directeur des investissements chez ABN AMRO
    Investment Solutions, dans une note parue vendredi.

    « La valorisation de marché ne repose pas uniquement sur des
    considérations de solvabilité, mais aussi sur les primes de
    risque et la confiance des investisseurs. Les spreads pourraient donc
    rester élevés, voire s’écarter davantage, si
    l’incertitude politique s’accentue, notamment si les partis les plus
    radicaux gagnent du terrain dans les prochains sondages d’opinion »,
    prévient l’économiste.

    En cas de contagion des tensions sur la dette française à
    d’autres pays de la zone euro, la question d’une intervention de la
    Banque centrale européenne (BCE) pour stabiliser les marchés
    pourrait se poser. La banque centrale a par exemple la possibilité
    de racheter des emprunts d’un pays de la zone euro pour limiter les
    écarts de taux, un mécanisme encore jamais utilisé à
    ce jour.

    Mais ce type de dispositif vise à assurer une bonne transmission de
    la politique monétaire, pas à réduire les coûts
    d’emprunt d’un Etat, rappelait John Plassard de Cité Gestion
    début octobre: « La BCE peut s’attaquer à un dysfonctionnement
    du marché, mais elle ne peut pas modifier le jugement du
    marché sur la qualité d’un budget, ni se substituer à une
    majorité parlementaire capable de l’adopter ».

    Agefi-Dow Jones The financial newswire


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