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    Les tortues qui s’échouent sur le littoral atlantique de la France sont soignées puis relâchées dans l’océan


    Les eaux métropolitaines françaises abritent aussi des tortues marines, comme l’imposante tortue luth et la tortue caouanne, une grande tortue côtière qui peut peser jusqu’à 150 kg. Mais certains jeunes, affaiblis, s’échouent sur les littoraux français. C’est là qu’intervient le Centre d’Etudes et de Soins pour les Tortues Marines (CESTM) de l’Aquarium de La Rochelle qui, après les avoir soignées et nourries, les remet à l’eau. Un moment d’émotion et d’espoir pour que les tortues, vulnérables, puissent continuer de fréquenter nos littoraux pour le bonheur de tous.

    Sur les 8 espèces de tortues marines existantes dans le monde, 4 fréquentent le littoral atlantique français et sont protégées (Annexe I de la CITES et Annexes I et II de la Convention de Bonn) :

    • la tortue Luth, « vulnérable », (la plus imposante du monde, jusqu’à une tonne) ;
    • la tortue Caouanne (Caretta Caretta), « vulnérable », qui, adulte, mesure en moyenne 90 cm de long et pèse 135 kg ;
    • la tortue Kemp, « en danger critique d’extinction »;
    • la tortue verte, « en danger », qui peut peser jusqu’à 300 kg;

    Depuis 1988, près de 200 tortues caouannes ont été reçues en soins au Centre d’Etudes et de Soins pour les Tortues Marines (CESTM) de l’Aquarium La Rochelle qui intervient sur l’ensemble de la façade Manche Atlantique pour tout ce qui concerne les tortues. Ainsi, celles qui s’échouent sur les côtes atlantiques françaises sont conduites, éventuellement après des soins d’urgence sur place, au CESTM pour recevoir les soins nécessaires à leur réintroduction ultérieure dans leur milieu naturel.

    Le sauvetage des tortues caouannes échouées sur la côte atlantique

    Les tortues caouannes juvéniles (15 à 24 cm) s’échouent fréquemment en période hivernale sur les côtes atlantiques françaises à cause des eaux froides qui les engourdissent, un phénomène appelé « cold stunning » et comparable à l’hypothermie chez l’Homme. Au gré des courants qu’elles empruntent pour se déplacer, ces tortues affaiblies s’échouent alors sur le littoral. Ces tortues proviennent pour moitié de sites de ponte au sud de la Floride (Etats-Unis) et un quart du Cap Vert, 2e site de ponte des tortues caouannes de l’Atlantique, d’après les études génétiques.

    Ainsi, depuis 2008, une trentaine de tortues ont été remises à l’eau dont Globe-Héléna, une autre tortue caouanne relâchée le 8 juillet 2016 qui se trouvait, en octobre 2017 au large du Sahara Occidental d’après son suivi satellite.

    Horia, la petite tortue caouanne retrouve le large

    Horia, une jeune tortue Caouanne (entre 3 et 10 ans)[1] a été remise à l’eau en août 2017 après plus d’un an passé au centre de soins de l’Aquarium de La Rochelle. Echouée en juin 2016 à St Jean de Luz, elle ne pesait plus que 3,5 kg. Epuisée et amaigrie, elle n’avait aucune chance de survie et doit son salut au travail passionné des soigneurs du CESTM et des associations locales de défense de l’environnement.

    Principalement carnivore (hormis quelques algues) la tortue caouanne se nourrit, au gré des courants, de petits poissons, mollusques, méduses et crustacés dont elle est capable de casser la carapace grâce à sa mâchoire puissante. C’est aussi le repas dont elle a bénéficié lors de sa convalescence et principalement ces derniers mois, avec le souci permanent de l’acclimater à sa future remise à l’eau : la présence humaine a été limitée et discrète, son bassin n’offrait pas de visibilité sur l’extérieur du local et la température de l’eau a été progressivement abaissée pour être comparable à celle de la mer, nous explique Matthieu Coutan, le directeur de l’Aquarium de La Rochelle.

    Sa remise à l’eau a également été rigoureusement étudiée pour lui donner le maximum de chances de survie :

    • à marée descendante pour profiter des courants qui l’emmènent au large ;
    • à l’entrée du pertuis Breton, face à l’océan pour qu’elle ne reste pas prisonnière ;
    • pendant l’été lorsque les eaux sont chaudes ;
    • sans publicité et tôt le matin pour éviter qu’une foule se masse pour assister à l’évènement alors que l’île de Ré est submergée de touristes.

    Cet évènement qui s’est tenu le mardi 08 août 2017, est une réussite, un moment émouvant que nous avons pu suivre :

    La tortue Caouanne : une espèce menacée

    Après la tortue verte, la tortue caouanne est l’espèce la plus répandue mondialement et nage aussi bien dans les eaux froides du nord de l’Europe que dans les eaux tropicales des Caraïbes.

    La population totale de tortues caouanne n’est pas connue mais la Liste Rouge des espèces menacées estime qu’il y aurait, en dénombrant les nids, entre 36 000 et 67 000 femelles qui pondent chaque année.

    Si la tortue caouanne sait se défendre contre ses prédateurs comme les requins, elle est principalement menacée par les activités humaines : chaluts pélagiques, filets dérivants, artificialisation des littoraux, ingestion de déchets plastique et pêche directe.

    Il ne reste plus qu’à souhaiter bonne chance à cette jeune tortue qui devra surmonter bien des défis pour devenir adulte. En attendant, sa balise ARGOS nous permet de suivre ses déplacements, jour après jour[2]. Au 09 août 2017, elle avait repris le large, comme espéré.

    Depuis fin novembre 2017, la balise de la tortue Horia n’émet plus. Cela ne signifie pas qu’Horia est morte, il s’agit tout simplement de la balise qui a épuisé ses batteries. Si Horia est de nouveau capturée, sa puce permettra de l’identifier et la retrouver.

    Juin 2020 : 8 tortues sont remises à l’eau

    Depuis le 8 juin 2019, le Centre d’Etudes et de Soins pour les Tortues Marines a accueilli 8 tortues marines. Après de longs mois de soins et de convalescence, 7 tortues caouannes et 1 tortue de Kemp ont été remises à l’eau le 23 juin 2020, à l’extrêmité nord de l’île de Ré. Les équipes de l’Aquarium et leurs partenaires scientifiques ont ainsi assisté au nouveau départ de Ki, Kirikou,Kemen, Kercambre, Kiribati, Kawaii, Kawan et Kempi.

    Celles-ci ont bénéficié, pendant plusieurs mois, de soins réguliers et adaptés ainsi que d’une alimentation à base de merlu, sardines et gambas. Toutes les tortues recueillies ont ainsi pris du poids (certaines ont même presque triplé leur masse !) et ont repris suffisamment de forces pour affronter l’océan.

    Seules les 3 plus grosses tortues ont été équipées d’un émetteur satellitaire pour que l’on puisse suivre une partie de leur nouvelle vie. Les autres, trop petites, ne sont pas munies de ce dispositif pour ne pas les handicaper.

    Kiribati-tortue-CESTM-062020
    Kiribati, une tortue caouanne échouée le 15 décembre 2019 à Seignosse (Landes) ; elle faisait moins de 700 grammes et 16 cm. Elle souffrait d’hypothermie, de déshydratation et de carences. En 6 mois dans le CESTM, elle a pris 1 kilo et 5 cm
    Auteur : Oceane Cottier / Aquarium La Rochelle SAS – Licence : Tous droits réservés

    Depuis 2008, le CESTM a réalisé 25 suivis satellitaires. Ce programme est réalisé en partenariat avec le CNES (Centre National d’Etudes Spatiales). Il permet de suivre les déplacements des tortues en temps quasi-réel et d’identifier les facteurs qui influencent leur parcours au large (température, courants de surface…). Ces données contribuent à l’amélioration des connaissances globales sur le comportement de ces espèces menacées d’extinction.

    Notes

    1. L’âge et le sexe ne peuvent être déterminés précisément à ce stade de sa croissance.
    2. La batterie de la balise ARGOS a une durée de vie d’un an. Il ne sera plus possible de suivre Horia ensuite. La balise (moins de 1% du poids de la tortue) est collée sur la carapace de la tortue de manière à ne pas la gêner dans sa croissance. En outre, Horia a été marquée à l’aide d’une puce électronique qui permet son identification si elle est de nouveau capturée.



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