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Alors que l’évolution de nos technologies pourrait rendre certaines émissions radio terrestres plus difficiles à détecter depuis l’espace, les chercheurs du programme SETI explorent de nouvelles stratégies pour identifier d’éventuelles civilisations extraterrestres. Une étude publiée en novembre 2026 suggère notamment que la réussite de cette quête pourrait dépendre autant du moment où nous écoutons que de la direction dans laquelle nous cherchons.
Depuis les premières recherches de civilisations extraterrestres technologiquement avancées, les scientifiques du programme SETI (Search for Extraterrestrial Intelligence) privilégient les ondes radio, une forme de rayonnement électromagnétique susceptible de parcourir les distances interstellaires. Les recherches se concentrent notamment sur les signaux à bande étroite, dont l’énergie est regroupée sur une gamme très limitée de fréquences. De telles émissions peuvent constituer des indices d’une technologie artificielle, car les phénomènes astrophysiques naturels produisent généralement des signaux aux caractéristiques différentes. Cela n’exclut toutefois pas la possibilité de communications artificielles à large bande.
Cette stratégie soulève une difficulté fondamentale : une civilisation technologiquement avancée est-elle nécessairement détectable par ses émissions radio ? Dans les années 1950, l’essor de la télévision et des télécommunications a multiplié les émissions électromagnétiques terrestres. Une partie de ces signaux s’est propagée dans l’espace, formant une bulle radio qui s’étend depuis plusieurs décennies à la vitesse de la lumière. Mais si ces émissions peuvent atteindre les étoiles voisines, cela ne signifie pas qu’elles y soient facilement détectables : leur intensité diminue avec la distance et la plupart des transmissions ordinaires sont trop faibles pour être identifiées à plusieurs années-lumière avec des instruments comparables aux nôtres.
Avec le développement du câble, des réseaux numériques, de la fibre optique et des communications par satellite, la nature des émissions terrestres a profondément changé.
Certaines diffusions analogiques puissantes ont disparu ou ont été remplacées par des systèmes plus efficaces, souvent moins détectables à grande distance. La Terre pourrait ainsi devenir moins visible pour certaines méthodes de recherche radio. Cependant, nous sommes encore loin d’un véritable « silence radio » : les radars, les communications spatiales, les satellites et les réseaux de télécommunications continuent d’émettre des ondes électromagnétiques.
Jusqu’à quelle distance notre activité est-elle détectable ?
Une étude publiée en février 2025 dans The Astronomical Journal, intitulée Earth Detecting Earth, a précisément évalué à quelle distance une civilisation disposant d’instruments comparables aux nôtres pourrait détecter les différentes signatures technologiques de la Terre. Selon ses simulations, les émissions particulièrement puissantes et directionnelles d’un radar planétaire comparable à celui de l’ancien observatoire d’Arecibo pourraient, dans des conditions favorables, être détectables jusqu’à environ 12 000 années-lumière. Les communications du réseau d’antennes destiné aux sondes spatiales (Deep Space Network) pourraient être détectées jusqu’à 65 années-lumière, contre environ 4 années-lumière pour les émissions des réseaux mobiles 4G étudiés.
Ces distances sont des limites théoriques de détectabilité, et non la distance effectivement parcourue par les émissions concernées. Les transmissions radar les plus puissantes sont également directionnelles et intermittentes : un observateur extraterrestre devrait se trouver dans leur faisceau au bon moment pour espérer les détecter. Le radar d’Arecibo pris comme référence n’est d’ailleurs plus en service. La Terre n’est donc pas devenue silencieuse, mais sa visibilité radio dépend fortement des technologies considérées, de leur orientation et des instruments utilisés pour les observer.
Une autre étude publiée en mai 2026 dans Monthly Notices of the Royal Astronomical Society souligne que l’évolution vers des infrastructures numériques distribuées, de faible puissance et à large bande pourrait compliquer la détection de civilisations avancées. Les méthodes SETI privilégiant exclusivement les signaux à bande étroite risqueraient alors de négliger certaines émissions artificielles diffuses, confondues avec le bruit radio naturel. Les auteurs proposent de nouvelles méthodes d’observation capables de rechercher ces signatures radio à large bande, sans pour autant démontrer qu’elles seraient détectables autour de toutes les civilisations.
Quand devrions-nous écouter une civilisation extra-terrestre ?
Mais une nouvelle question se pose également : et si la recherche d’une civilisation extraterrestre dépendait autant du moment où nous écoutons que de la direction dans laquelle nous pointons nos radiotélescopes ? C’est l’hypothèse explorée par une étude publiée le 3 novembre 2026 dans The Astronomical Journal, intitulée A Large-Scale Technosignature Survey of the Anti-Solar Point with the Allen Telescope Array: Survey Design and Pilot Results. Des chercheurs du SETI Institute, dont Sofia Sheikh et Eleanor Hort, y proposent une stratégie originale associant observations astronomiques et théorie des jeux pour déterminer où et quand une civilisation extraterrestre pourrait choisir de nous envoyer un message.
Leur raisonnement repose sur le concept de « point de Schelling », issu de la théorie des jeux : deux acteurs qui souhaitent se coordonner sans pouvoir communiquer au préalable peuvent choisir indépendamment un même lieu ou un même moment, parce qu’il leur semble particulièrement évident. À l’échelle interstellaire, une civilisation pourrait utiliser un événement astronomique prévisible pour décider quand transmettre un signal vers la Terre, plutôt que d’émettre continuellement dans toutes les directions, ce qui nécessiterait davantage d’énergie.
Les chercheurs s’intéressent particulièrement au point antisolaire, situé dans le ciel exactement à l’opposé du Soleil. Depuis certaines régions de notre galaxie, une civilisation extraterrestre pourrait observer le passage de la Terre devant le disque solaire, phénomène appelé transit. Cette observation lui permettrait de connaître l’existence de notre planète, sa période orbitale et sa position dans la zone habitable du Soleil. Au milieu de ce transit, la Terre se trouverait précisément entre l’observateur lointain et le Soleil. Vue depuis notre planète, cette civilisation se situerait alors dans la direction du point antisolaire. Les deux civilisations pourraient ainsi identifier indépendamment un même alignement comme une occasion privilégiée d’établir un contact.
Pour tester cette hypothèse, les scientifiques utilisent l’Allen Telescope Array (ATA), un réseau de radiotélescopes situé en Californie et spécialement conçu, notamment, pour la recherche de signaux radio extraterrestres. Contrairement aux campagnes SETI traditionnelles, qui ciblent des étoiles ou des systèmes planétaires particuliers, cette nouvelle stratégie suit le point antisolaire à mesure que la Terre se déplace autour du Soleil. Les observations sont prévues deux à trois nuits par semaine sur une période d’environ quatre ans, afin de couvrir progressivement les différentes directions concernées.
Une première campagne expérimentale, réalisée pendant trois nuits à l’été 2023 avec 20 antennes de l’ATA, a permis de recueillir environ 17 heures d’observation, représentant 32 téraoctets de données. L’analyse a identifié près de 1,9 million de détections radio initiales. Après traitement et vérification des signaux les plus prometteurs, aucune technosignature extraterrestre n’a été confirmée : les détections retenues pouvaient être expliquées par des interférences d’origine humaine, notamment liées aux équipements de télécommunications et aux satellites.
Cette absence de découverte n’en constitue pas moins un résultat scientifique utile. Les chercheurs ont pu améliorer leurs méthodes de filtrage des interférences et déterminer les limites de sensibilité de leurs observations. Dans certaines conditions, leur dispositif aurait pu identifier un signal provenant d’un émetteur comparable en puissance au radar planétaire d’Arecibo jusqu’à une distance d’environ 124 années-lumière. Ce résultat ne signifie pas que des civilisations extraterrestres sont absentes dans ce rayon, mais seulement qu’aucun signal répondant aux caractéristiques recherchées n’a été identifié au cours des observations étudiées.
Au 3 novembre 2026, cette campagne avait déjà accumulé plus de 121 nuits supplémentaires d’observation depuis l’étude pilote. L’objectif est de poursuivre l’exploration de cette région particulière du ciel et d’établir des contraintes de plus en plus précises sur les éventuelles transmissions artificielles. Les résultats de la première année complète d’observation doivent faire l’objet d’une publication ultérieure que nous manquerons pas de relayer ici.
Cette nouvelle approche rappelle que les civilisations extraterrestres, si elles existent, ne cherchent pas nécessairement à émettre continuellement des signaux radio. Certaines pourraient privilégier des émissions brèves, puissantes et dirigées vers des systèmes planétaires susceptibles d’abriter la vie. Leur détection dépendrait alors non seulement de la sensibilité de nos instruments, mais aussi d’une coïncidence entre le moment de l’émission et celui de nos observations.
Vers un éventail de moyens pour détecter d’autres civilisations
À l’échelle de l’évolution des espèces et des civilisations, la période pendant laquelle une planète émet des signaux facilement détectables pourrait donc être relativement courte.
Toutefois, rien ne permet d’affirmer que toutes les civilisations avancées suivraient la même évolution technologique que l’humanité, ni que leurs communications radio finiraient nécessairement par disparaître. Les émissions intentionnelles et les signatures technologiques indirectes pourraient subsister bien au-delà de la période des grandes diffusions radio traditionnelles.
Finalement, la recherche SETI n’est pas rendue inutile par l’évolution de nos technologies. Elle doit au contraire diversifier ses méthodes, en recherchant aussi bien les signaux étroits et puissants que les émissions plus diffuses, les impulsions intermittentes ou d’autres signatures technologiques, notamment optiques et atmosphériques (y compris la pollution). La question n’est donc plus seulement de savoir si une civilisation extraterrestre émet suffisamment d’ondes radio pour être détectée, mais aussi de déterminer où, comment et surtout quand nous aurions le plus de chances de capter son signal.
La recherche de signaux radio extraterrestres reste l’une des principales approches du programme SETI. Le projet participatif SETI@home est en hibernation depuis 2020.crédit : SETI@Home
Pourquoi SETI@home a-t-il arrêté le calcul distribué en 2020 ?
Lancé en mai 1999 par l’université de Californie à Berkeley, SETI@home proposait aux internautes de participer à la recherche d’intelligences extraterrestres en mettant gratuitement à disposition la puissance de calcul inutilisée de leurs ordinateurs. Grâce au logiciel BOINC, les machines des volontaires analysaient des fragments de données radioastronomiques, notamment recueillies par le radiotélescope d’Arecibo, à Porto Rico. Plusieurs millions de personnes ont ainsi contribué à l’un des plus grands projets de science participative de l’histoire, dont l’équipe de notre-planete.info !
Le 31 mars 2020, après plus de vingt ans d’activité, les responsables ont décidé de suspendre la distribution de nouvelles tâches de calcul. Deux raisons principales expliquent cette décision : les données disponibles avaient déjà été largement exploitées et la gestion de millions de calculs distribués mobilisait des ressources importantes. L’équipe souhaitait désormais se consacrer à l’analyse approfondie des résultats accumulés et à leur publication scientifique.
Cette mise en sommeil ne signifie donc ni l’abandon de la recherche SETI, ni l’échec du projet. En janvier 2026, des chercheurs de Berkeley ont annoncé avoir achevé une grande partie de l’analyse des quelque 12 milliards de détections radio produites au fil du programme. Après plusieurs étapes de filtrage, une centaine de signaux jugés suffisamment intéressants ont été retenus pour de nouvelles observations avec le radiotélescope géant FAST, en Chine.
Malheureusement, aucun de ces signaux n’a été confirmé comme étant d’origine extraterrestre. Mais ces travaux permettent de mieux comprendre les limites des méthodes de détection et d’améliorer les recherches futures. Le site SETI@home demeure accessible, tandis que la plateforme BOINC continue d’être utilisée par d’autres projets scientifiques.
