5 K lectures Mis à jour le

Auteur : Christophe Magdelaine / www.notre-planete.info – Licence : DR
Le 1er juillet 2025, un télescope automatisé a repéré un objet très particulier traversant notre Système solaire. Baptisé 3I/ATLAS, ce corps céleste n’est pas une comète ordinaire : il vient de l’extérieur de notre Système solaire…
Son nom, 3I/ATLAS (ou encore C/2025 N1 (ATLAS) ou A11pl3Z) découle de la nomenclature des comètes : « 3I/» (interstellaire, troisième cas) + « ATLAS », du nom du système de détection qui l’a découvert ce mardi 1er juillet 2025.
ATLAS est un système d’alerte précoce aux impacts d’astéroïdes développé par l’Université d’Hawaï et financé par la NASA. Il est composé de quatre télescopes (2 à Hawaï, 1 au Chili, 1 en Afrique du Sud), qui balayent automatiquement tout le ciel plusieurs fois chaque nuit à la recherche d’objets en mouvement.
ATLAS fournit un temps d’alerte variable selon la taille de l’astéroïde — les plus gros astéroïdes pouvant être détectés à une plus grande distance de la Terre. ATLAS peut détecter un petit astéroïde (~20 mètres) plusieurs jours à l’avance, et un astéroïde de 100 mètres plusieurs semaines avant un éventuel impact sur notre planète.
C’est le 3e objet interstellaire jamais observé, après le mystérieux ‘Oumuamua en 2017 et Borisov en 2019. De nouveau c’est l’excitation dans le monde de l’astronomie, mais pourquoi ?
Un fragment d’un autre système stellaire
3I/ATLAS ne s’est pas formé autour de notre Soleil. Sa trajectoire hyperbolique — une orbite ouverte — prouve qu’il est originaire d’ailleurs dans la Voie lactée. Il s’agit probablement d’un petit corps glacé éjecté de son système d’origine il y a des millions ou des milliards d’années, à la suite d’interactions gravitationnelles. Les estimations le créditent d’environ 7 milliards d’années d’existence, ce qui en ferait un objet plus vieux que notre propre Soleil.
En pénétrant dans notre Système solaire, cet objet devient un échantillon naturel venu d’ailleurs, accessible à l’observation depuis la Terre. Contrairement aux météorites, les objets interstellaires nous offrent une fenêtre directe sur la composition chimique et physique d’autres systèmes planétaires.
Par exemple :
- 2I/Borisov avait une composition chimique différente des comètes locales.
- 1I/’Oumuamua avait une forme et un comportement très inhabituels, qui suscite encore des débats.
3I/ATLAS pourrait donc nous aider à trancher certaines de ces questions.
Ce qu’on sait déjà sur 3I/ATLAS
- Découvert le 1er juillet 2025, avec des images d’archives datant de mi-juin.
- Vitesse de plus de 240 000 km/h par rapport au Soleil.
- Présente une petite queue cométaire : présence de glace en sublimation.
- Sa taille pourrait atteindre 20 km.
- Il ne présente aucun risque de collision avec la Terre, ne s’approchant pas à moins de 240 millions de kilomètres — soit plus de 1,5 fois la distance entre la Terre et le Soleil.
- Il sera difficilement observable par les astronomes amateurs : sa magnitude est trop faible (~18,8).
Contrairement à ce que certains articles sensationnalistes ont affirmé, 3I/ATLAS présente bel et bien une coma visible — un halo de gaz et de poussières autour de son noyau — et une petite queue cométaire. Le télescope Hubble a capturé dès juillet 2025 un nuage de poussière en forme de larme s’échappant du noyau glacé.
Son niveau d’activité est intermédiaire entre ‘Oumuamua (sans coma) et Borisov (coma très développée). Le télescope MeerKAT a détecté des signatures d’hydroxyle, signe de la présence de glace d’eau se décomposant sous l’effet du rayonnement solaire.
Ce qui fascine le plus, c’est sa signature spectroscopique qui diffère nettement des comètes locales, indiquant une formation dans un environnement chimiquement distinct du nôtre.
Le télescope ALMA a mesuré fin 2025 des concentrations exceptionnellement élevées de méthanol — un alcool organique simple — avec des rapports méthanol/cyanure d’hydrogène compris entre 70 et 120, positionnant 3I/ATLAS parmi les comètes les plus riches en méthanol jamais étudiées.
Le Very Large Telescope a également détecté du gaz cyanure et de la vapeur de nickel atomique, à des concentrations similaires à celles observées dans des comètes du Système solaire. Ces données suggèrent que des processus chimiques fondamentaux sont partagés entre différents systèmes planétaires — mais avec des dosages propres à chaque environnement de formation.
L’astrophysicien Avi Loeb (Harvard), connu pour avoir affirmé qu’‘Oumuamua était un vaisseau extraterrestre, a publié en juillet 2025 un article spéculatif évoquant une possible origine « technologique » de 3I/ATLAS. Il a depuis listé jusqu’à 12 anomalies supposées. Cependant, la NASA, l’ESA et la grande majorité de la communauté scientifique s’accordent à classer 3I/ATLAS comme une comète naturelle. Le Green Bank Telescope, le plus grand radiotélescope orientable du monde, n’a détecté aucune technosignature lors de son observation du 18 décembre 2025.
Une meilleure compréhension de la formation planétaire
Chaque objet interstellaire est un échantillon naturel venu d’ailleurs, inaccessible autrement. En comparant 3I/ATLAS aux comètes de notre Système solaire, les scientifiques peuvent tester leurs modèles de formation planétaire, rechercher des molécules organiques complexes précurseurs de la vie, et explorer la diversité chimique des autres environnements planétaires dans la galaxie.
La richesse en méthanol de 3I/ATLAS suggère qu’il s’est formé dans un disque protoplanétaire plus froid que celui qui a donné naissance à nos comètes — ou soumis à des conditions de rayonnement différentes. La présence de molécules organiques dans un objet interstellaire renforce l’hypothèse d’une distribution généralisée des précurseurs du vivant dans l’univers.
La NASA a publié le 19 novembre 2025 un ensemble d’observations inédites collectées par quinze sondes et une vingtaine d’équipes de mission, depuis des points différents du Système solaire. Une coordination scientifique sans précédent pour un objet interstellaire.
Le 16 mars 2026, 3I/ATLAS croisait l’orbite de Jupiter à 53 millions de km de distance, sa dernière rencontre notable avant de quitter notre Système solaire pour d’autres horizons…
3I/ATLAS nous aidera à mieux comprendre notre propre origine et notre place dans l’Univers.
Un tremplin pour les futures missions spatiales
Chaque nouvel objet interstellaire découvert alimente un rêve : l’intercepter avec une sonde spatiale. Si l’on détecte assez tôt leur arrivée, il est théoriquement possible de les visiter en vol — une opportunité inestimable.
La mobilisation exceptionnelle autour de 3I/ATLAS a servi de répétition générale pour les futures détections. La coordination internationale, la réorientation des sondes en vol, la publication rapide des données — tout cela préfigure ce qui sera possible lors de la prochaine visite interstellaire.
L’ESA prévoit déjà une mission appelée Comet Interceptor, conçue pour foncer à la rencontre d’un tel objet.
Ainsi, « une sonde sera lancée en 2029 vers une orbite de stationnement au point de Lagrange Soleil–Terre L2, où elle restera en attente d’une cible appropriée : une comète vierge provenant du lointain nuage d’Oort qui entoure notre Système solaire, ou, bien que peu probable mais très séduisant, un objet interstellaire.
Bien qu’il soit peu probable que nous découvrions un objet interstellaire accessible pour Comet Interceptor, cette mission représente une première démonstration d’un concept de réponse rapide, en attente dans l’espace de sa cible. Elle ouvrira ainsi la voie à de futures missions visant à intercepter ces mystérieux visiteurs », précise l’Agence spatiale européenne (ESA).
Droits de reproduction du texte
CC BY-NC-ND Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification
