Boudées durant l’essentiel des années 2010, les matières premières revivent au cours de cette décennie 2020. Elles sont revenues sur le devant de la scène des marchés à travers des évènements à caractère exceptionnel tels que les perturbations des chaînes d’approvisionnement à la suite de la reprise Covid, le conflit russo-ukrainien et le second mandat de Donald Trump à la Maison Blanche. Ces faits marquants ont mis en lumière la dépendance des pays occidentaux vis-à-vis des pays producteurs de matières premières, et les incitant ainsi à renforcer leur souveraineté stratégique.
Les besoins d’investissement dédiés à la transition énergétique et à la course à l’intelligence artificielle, placent les matières premières, au barycentre de ces mégatendances qui vont disrupter la société. Dans le même temps, l’offre peine à suivre la demande, ce qui laisse présager d’un marché haussier. Ce dernier pourrait être potentiellement plus puissant que celui des années 2000, compte tenu des enjeux de souveraineté et d’un monde certes mondialisé, mais plus multipolaire.
Cependant, ce super cycle des matières premières qui a déjà commencé par le fort bull market des métaux précieux, aura des conséquences sur les allocations actuelles de portefeuille (très exposées à la technologie). Voyons comment se positionner sur les fortunes de demain, annonciateur d’un transfert de richesse monumental.
Une longue période de sous-investissement qui va coûter cher
Après avoir purgé leur longue période de surcapacité de production sans se soucier du retour sur investissement, les entreprises minières se focalisent désormais sur des projets à forte valeur ajoutée, tout en renforçant leur cash flow. Investir sur les matières premières comme à la sauvette, n’est plus d’actualité. Vous avez affaire à des actions value de qualité, si vous portez une attention sur la solidité des fondamentaux.
De 2013 à 2016, les CAPEX ou dépenses d’investissement des principales entreprises minières ont subi un contrecoup immense, ayant entraîné de nombreuses restructurations et plusieurs années de performances médiocres en Bourse. Bien que nous constations une reprise, elle se situe à des année-lumières des niveaux de 2013. D’ailleurs, la même constat vaut aussi pour le compartiment pétrole & gaz.
Si vous connaissez le dicton « Le remède aux prix bas, ce sont les prix bas », ayez à l’esprit que la baisse des prix freine les investissements dans le cycle des matières premières. À force que cette tendance s’étend dans le temps, les entreprises concernées suppriment des capacités de production. Par conséquent, l’offre se resserre, à tel point que cela finisse par provoquer une hausse des prix à laquelle les économies occidentales ne peuvent pas absorber à court terme.
Savoir choisir les bonnes matières premières au moment opportun
Lorsque vous investissez dans les matières premières, la distinction s’impose. En effet, chacune d’entre elles possède ses propres spécificités et n’agissent pas de manière synchrone au sein d’un marché haussier. À titre d’exemple, en 2024, les records historiques du cours de l’or n’ont pas été suivis par une corrélation positive sur tout le compartiment des matières premières. D’ailleurs, les performances boursières des minières aurifères à cette période étaient relativement modestes à hauteur de 10 %. Ces compères des métaux précieux (argent, platine, palladium) peinaient à démarrer un rattrapage par rapport à la relique barbare.
Comme lors des super cycles des années 1970 et 2000, le retour au premier plan des matières premières a commencé par un marché haussier de l’or. Vient ensuite l’argent, historiquement considéré comme une valeur refuge bon marché par rapport au métal jaune, surtout si les risques d’inflation perdurent. Puis à la faveur d’un moment critique du marché – une crainte de récession anticipée, un problème de liquidité, etc, ce sont les métaux industriels prennent le relais.
D’après une note de l’USGS (Institut d’études géologiques des États-Unis) en novembre 2025, certains métaux sont considérés comme « critiques ». Parmi eux, l’aluminium, l’argent, le cuivre, le nickel, l’uranium ou encore le zinc suscite des intérêts stratégiques dans la lutte pour la suprématie mondiale face à la Chine, elle-même, gros producteur et consommateur de matières premières.
Conclusion : Ne pas vous précipiter sur le pétrole
Les opportunités d’investissement sur les matières premières au sein du marché actions, sont nombreuses. Pour une bonne raison, je n’ai pas évoqué le pétrole en premier lieu. En réalité, l’or noir constitue une composante importante des coûts de production pour les entreprises minières. Une tendance haussière du prix des métaux combinée à un prix du baril bas, favorise la croissance de leur cash flow, et donc un meilleur retour pour l’actionnaire. Plus concrètement, tant que le pétrole reste cantonné à des zones de prix raisonnables ou progresse pas à pas, la pérennité d’un super cycle des matières premières est tout simplement préservée.
L’idée d’investir dans le pétrole a tendance à intervenir en fin du super cycle des matières premières, lorsque l’inflation deviendra une source de danger pour l’économie réelle. La bonne nouvelle est que nous n’en sommes pas encore là.
Enfin, ce super cycle des matières premières n’est pas sans conséquence sur l’allocation de portefeuille. Historiquement, il prépare à un transfert de richesse majeur, c’est-à-dire une rotation du capital qui alimenter une bulle après l’éclatement de la précédente.


