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    l’île qui rebat les cartes de l’arctique entre bases, routes et minerais


    La situation géographique du Groenland, entre l’Europe et l’Amérique du Nord, et sa proximité avec les océans Arctique et Atlantique Nord, lui confèrent une importance stratégique majeure pour les forces armées et la défense, notamment pour surveiller l’activité militaire croissante de la Chine et de la Russie dans la région.

    Proche des États-Unis et du Canada, il fait partie du corridor maritime Groenland-Islande-Royaume-Uni (GIUK), un axe maritime stratégique pour la navigation et le passage des sous-marins et des navires de guerre.

    Cette zone s’est avérée essentielle à la protection de l’Atlantique Nord et de la côte est des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, ce qui a conduit les États-Unis à y établir et à y maintenir de nombreuses bases.

    Aujourd’hui, les États-Unis n’occupent plus que l’espace de Pituffick, et la sécurité de l’île est assurée par les forces arctiques danoises. Avec la fonte des glaces arctiques, la région est davantage exposée au trafic maritime, notamment aux navires de guerre, brise-glaces et sous-marins chinois et russes.

    Groenland et terres rares, les enjeux

    Bien que les États-Unis disposent déjà d’une base militaire au Groenland, le contrôle total de l’île permettrait à Washington d’étendre son influence dans les opérations aériennes et navales en Arctique, ainsi que dans l’espace.

    Qui plus est, le Groenland devient un territoire de plus en plus stratégique en termes de ressources et de routes commerciales, car la fonte des sols gelés permet l’extraction de pétrole et de minéraux tels que le cuivre, le lithium, le nickel, d’uranium, terres rares et cobalt.

    Ces ressources minérales sont essentielles aux industries en pleine croissance qui fabriquent des éoliennes, des lignes électriques, des batteries et des véhicules électriques, mais également pour l’industrie de la défense, de l’aérospatiale et des semi-conducteurs.

    Le territoire contient 39 des 50 minéraux considérés comme essentiels à la sécurité nationale et à la stabilité économique des États-Unis, notamment des terres rares, du graphite, des métaux du groupe du platine et du niobium.

    Les gouvernements américains successifs ont cherché à renforcer leurs liens avec des alliés stratégiques pour diversifier les chaînes d’approvisionnement en minéraux afin de contrer la domination de la Chine.

    En outre, l’US Geological Survey estime à plus de 17,5 milliards de barils de pétrole et 148 000 milliards de pieds cubes de gaz naturel non découverts au large du Groenland.

    Les observateurs soulignent d’ailleurs que le Groenland est réputé pour sa richesse en terres rares. Ces gisements, comme le lithium et le zirconium, sont devenus une matière première très convoitée, utilisée dans l’électronique et pour la production de batteries indispensables à la transition technologique verte.

    Les données de l’United States Geological Survey (USGS) montrent que le Groenland possède les huitièmes plus grandes réserves de terres rares au monde, avec 1,5 million de tonnes (MT). Ce chiffre est similaire aux réserves connues des États-Unis (1,8 MT).

    Le Groenland dispose certes d’importantes réserves, mais les données de l’USGS montrent qu’aucune activité d’extraction de terres rares n’y a été menée en 2023.

    Les États-Unis et l’UE ont signé des accords-cadres miniers avec le Groenland, et la Chine (qui contrôle déjà la plupart des chaînes d’approvisionnement et des capacités de traitement des minéraux dans le monde) a exprimé son intérêt pour un accord similaire.

    Pourtant, les projets miniers potentiels se heurtent à d’importants obstacles environnementaux, technologiques et politiques.

    Un projet mené par l’Australie avec un financement chinois a été arrêté en 2021 par de nouvelles réglementations environnementales strictes au Groenland. Les transformations liées au climat auront un impact sur l’économie de l’île, remettant en cause les moyens de subsistance traditionnels et créant de nouvelles opportunités économiques, mais il faudra probablement de nombreuses années avant que le Groenland ne devienne une source importante de minéraux essentiels.

    Bien que les entreprises groenlandaises se soient initialement tournées vers la Chine pour investir dans l’exploitation minière, les projets ont été interrompus après les élections groenlandaises de 2021.

    Les électeurs ont décidé que si l’exploitation minière pouvait être une étape vers un plus grand développement économique et même vers l’indépendance vis-à-vis du Danemark, les coûts pour l’environnement et la perturbation potentielle des pratiques traditionnelles dépasseraient largement les avantages.

    L’un des principaux points de friction était que la principale mine, Kvanefjeld, près de la ville de Narsaq, destinée à l’extraction de terres rares produirait également de l’uranium radioactif, ce qui, selon les habitants, entraînerait la chute de poussières radioactives sur les communautés et les terres agricoles voisines.

    Le vote a conduit à l’interdiction de l’extraction d’uranium et a laissé les projets d’extraction de terres rares en suspens.

    En 2021, le Groenland a également mis fin à tous les projets d’exploration pétrolière et gazière.

    Comme le montrent les données de l’USGS, la Chine possède de loin les plus grandes réserves de terres rares, estimées à 44 MT, ce qui représente près de 40 % des réserves mondiales connues de terres rares.

    En tout cas, aujourd’hui, le secteur minier est inexistant. Seules deux mines sont exploitées au Groenland : l’une de rubis, qui cherche de nouveaux investissements, et l’autre d’anorthosite, un métal qui contient du titane. « Sur les industries extractives, Donald Trump a placé le Groenland sur la carte de l’exploitation minière mais il est difficile de dire comment cela pourrait évoluer car il manque d’investisseurs », résume pour l’AFP Lill Rastad Bjørst, une spécialiste de l’Arctique auprès de l’université d’Aalborg.

    Ditte Brasso Sørensen une experte en géopolitique et directrice adjointe du groupe de réflexion Europa met en exergue les difficultés intrinsèques locales de l’activité : « Des conditions climatiques très rudes, un environnement protégé et beaucoup de coûts avec la nécessité de développer les infrastructures physiques et numériques. »

    « Le système réglementaire, qui n’a pas encore fait ses preuves, ajoute également aux incertitudes », dit la directrice adjointe du groupe de réflexion Europa. L’opposition de la population à l’extraction d’uranium dans le Sud a mené à une législation interdisant l’extraction de produits radioactifs.

    En outre, le Groenland a été en grande partie épargné par l’industrie minière en raison de la combinaison d’une nature protégée et de conditions climatiques difficiles. En 2014, un rapport du groupe de réflexion Brookings affirmait qu’il était peu probable que le pays attire de grands projets miniers dans un avenir proche.

    « Les coûts d’exploration et d’extraction des autres ressources du Groenland sont élevés en raison de l’environnement hostile et du manque d’infrastructures, deux facteurs qui dissuadent les investissements », indique le rapport. « Comme dans d’autres régions frontalières de l’extraction des ressources, le développement réussi de grands projets au Groenland dépend en grande partie des prix internationaux des matières premières. »

    Cependant, la fonte des glaces ne met pas seulement à nu les zones minières du Groenland. Elle atténue également certains des obstacles liés aux zones reculées de l’Arctique. Les navires peuvent désormais atteindre des zones qui n’étaient pas accessibles auparavant et la saison de navigation est plus longue.

    La juxtaposition entre l’exploitation minière nouvelle, rendue possible en partie par le réchauffement climatique, et l’exploitation minière pour la transition énergétique n’échappe pas à beaucoup de monde.

    L’Arctique se réchauffe quatre fois plus vite que le reste du monde et le changement climatique affecte déjà la vie et les moyens de subsistance de la population du Groenland.

    Mikkel Runge Olesen, chercheur principal à l’Institut danois d’études internationales, a déclaré : « Pour les États-Unis, le problème réside dans l’intérêt de la Chine et de la Russie pour l’Arctique. Les États-Unis ont commencé à considérer l’Arctique comme une région de compétition géopolitique. Il est très important pour les États-Unis d’empêcher les autres grandes puissances de s’installer au Groenland. »

    En 2019, lorsque Donald Trump avait exprimé pour la première fois son intérêt pour l’achat du Groenland, il avait évoqué une « opération immobilière de grande envergure » et insisté sur les aspects économiques de l’acquisition du Groenland par le Danemark. Cette fois, son objectif a changé.

    « Nous avons besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale », a-t-il déclaré, tout en évoquant la nécessité de dissuader les navires russes et chinois.

    De fait en plus de l’aspect géostratégique, il y a aussi la compétition face à la Chine sur l’accès aux matières premières de la région. C’est la Chine, et non les États-Unis, que la nature a doté de riches gisements d’éléments de terres rares, un ensemble de 17 métaux tels que l’yttrium et le scandium qui sont de plus en plus nécessaires aux applications de haute technologie, des téléphones portables et des téléviseurs à écran plat aux voitures électriques.

    Le néodyme, un élément de terre rare, est un élément essentiel de nombreux disques durs d’ordinateur et de systèmes de défense, notamment les écrans électroniques, les systèmes de guidage, les lasers, les radars et les sonars.

    Sur les 50 minéraux critiques répertoriés par l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), les États-Unis importent entre 50 et 100 % de 41 d’entre eux, selon un rapport du Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) de 2025. L’administration Trump craint que la Chine n’utilise son contrôle sur ces minéraux pour nuire à l’économie américaine, contrer les politiques tarifaires des États-Unis et accroître son influence géopolitique.

    Il y a trente ans, les États-Unis produisaient un tiers des terres rares mondiales, et la Chine environ 40 %. En 2024, la Chine représentait 60% de la production mondiale, et son gouvernement limitait et contrôlait de plus en plus ses exportations.

    Effectivement, la Chine contrôle actuellement la majeure partie du raffinage mondial des minéraux critiques, et son contrôle en amont des matières premières s’accroît également. Plus important encore, elle domine la fabrication mondiale des batteries pour véhicules électriques, ainsi que la production d’éoliennes, de panneaux solaires, de systèmes de stockage d’énergie et d’infrastructures de transmission électrique, entre autres applications.

    Dans l’état actuel des choses, le monde est fortement dépendant de la Chine pour progresser dans la transition énergétique et atteindre les objectifs de décarbonation.

    La Chine est l’acteur mondial dominant dans le raffinage des minéraux stratégiques. Elle raffine 68 % du nickel mondial, 40 % du cuivre, 59 % du lithium et 73 % du cobalt. Elle joue également un rôle clé dans les étapes ultérieures de la chaîne d’approvisionnement, notamment dans la fabrication des composants de cellules de batteries.

    La Chine représente l’essentiel de la production mondiale des composants minéraux des cellules de batteries, y compris 70 % des cathodes, qui sont l’élément le plus important et peuvent représenter la moitié du coût d’une cellule fabriquée, 85 % des anodes, 66 % des séparateurs et 62 % des électrolytes.

    Plus remarquable encore, la Chine détient 78 % de la capacité mondiale de fabrication de cellules de batteries pour véhicules électriques, qui sont ensuite assemblées en modules pour former un pack de batteries.

    Toutefois, bien que la Chine dispose d’un avantage compétitif majeur en aval, elle ne domine pas l’amont de la chaîne d’approvisionnement des minéraux critiques. L’Australie et le Chili détiennent plus de 70 % de l’extraction mondiale de lithium, tandis que la République démocratique du Congo (RDC) assure près de 70 % de l’extraction de cobalt.

    En ce qui concerne le nickel, l’Indonésie est la plus grande source mondiale, avec plus de 30 % de la production.

    Pour l’extraction du cuivre, le Chili et le Pérou, les deux principaux producteurs, représentent plus de 40 % de l’offre mondiale.

    Par conséquent, à l’échelle nationale, la Chine a récemment investi pour augmenter sa production domestique de lithium, en particulier dans la province du Qinghai. Cependant, malgré un soutien gouvernemental massif et d’importants investissements, la région n’a pas réussi à accroître significativement sa production, en grande partie à cause des coûts élevés liés à l’élimination des déchets.

    Tandis que des entreprises minières chinoises comme Zijin Mining tentent d’accélérer la construction de nouveaux sites miniers domestiques, comme la mine polymétallique de lithium de Xiangyuan dans la province du Hunan, la Chine extrait moins de 10 % de la production mondiale de cuivre et de lithium sur son propre territoire (ce chiffre n’inclut pas les entreprises chinoises ou partiellement détenues par la Chine opérant à l’étranger).

    Alors, c’est pourquoi avec la demande en minéraux critiques qui augmente rapidement, les entreprises chinoises concluent de nouveaux accords pour sécuriser l’approvisionnement en matières premières destinées au raffinage et à la fabrication de batteries.

    Cela inclut des investissements directs dans des projets et entreprises minières, des prises de participation et des accords de vente à long terme avec des compagnies minières.

    En janvier 2022, BYD, l’un des plus grands constructeurs automobiles chinois, a obtenu un contrat pour extraire 80 000 tonnes métriques de lithium au Chili sur 20 ans, bien que ce contrat ait été suspendu par un tribunal chilien.

    En 2018, la société chinoise Tianqi Lithium a acquis 24 % des parts de SQM, l’un des deux principaux producteurs de lithium au Chili.

    Huayou Cobalt, une entreprise chinoise possédant des fonderies et des installations de raffinage en Chine et à l’étranger, s’est intégrée verticalement en s’étendant à d’autres segments de la chaîne d’approvisionnement minérale, comme en témoigne son récent achat d’une mine de lithium au Zimbabwe.

    De même,Ganfeng Lithium, l’un des principaux producteurs et raffineurs de lithium, a acquis des participations dans des projets miniers enArgentine, Irlande, Chili et Australie.

    CATL, le plus grand fabricant mondial de batteries pour véhicules électriques, a racheté la société canadienne Millennial Lithium, ainsi que des participations dans une société minière australienne de lithium et dans des mines de cuivre-cobalt en République démocratique du Congo (RDC).

    Début 2022, Suzhou CATH Energy Technologies a signé un accord pour investir 240 millions de dollars dans le projet de lithium et d’étain de Manono en RDC, en partenariat avec AVZ Minerals, ce qui lui permet d’acquérir 24 % de participation dans le projet.

    Les entreprises chinoises restent la principale source d’investissement étranger dans le secteur du nickel en Indonésie, qui est le plus grand producteur mondial de nickel.

    De plus, des entreprises soutenues par la Chine possèdent ou détiennent des parts financières dans 15 des 19 mines de cobalt en production en RDC.

    Enfin, la Chine est de loin le premier producteur et transformateur mondial d’éléments de terres rares (REEs), qui sont essentiels aux technologies de moteurs pour les véhicules électriques et aux technologies éoliennes.

    Les terres rares sont utilisées dans les batteries rechargeables pour voitures électriques et hybrides, les céramiques avancées, les ordinateurs, les lecteurs DVD, les éoliennes, les catalyseurs dans les voitures et les raffineries de pétrole, les moniteurs, les téléviseurs, l’éclairage, les lasers, les fibres optiques, les supraconducteurs et le polissage du verre.

    Plusieurs éléments des terres rares, tels que le néodyme et le dysprosium, sont essentiels aux moteurs utilisés dans les véhicules électriques.

    Certains minéraux de terres rares sont essentiels dans les équipements militaires tels que les moteurs à réaction, les systèmes de guidage de missiles, les systèmes de défense antimissile, les satellites, ainsi que dans les lasers.

    Toutefois, elles sont plus facilement substituables en cas de ruptures d’approvisionnement, selon Wood Mackenzie. Le département américain de l’Énergie prévoit que « la demande en terres rares pour l’énergie éolienne à elle seule pourrait dépasser l’offre totale disponible de 1,6 à 3,5 fois ».

    En plus des métaux stratégiques et des ressources minérales, il y a une autre matière première vitale pour l’humanité : l’eau.

    En effet, la fonte des calottes glaciaires est une autre ressource groenlandaise qui intéresse de plus en plus le monde.

    Soixante-dix pour cent de l’eau douce de la planète est enfermée dans la calotte glaciaire de l’Antarctique. Les deux tiers restants se trouvent au Groenland, dans une immense calotte glaciaire qui se transforme en liquide dans un volume presque deux fois supérieur à celui de la fonte de l’Antarctique.

    « Nous le savons parce que nous pouvons peser la calotte glaciaire à partir de satellites », a déclaré Christian Schoof, professeur de sciences de la Terre, de l’océan et de l’atmosphère à l’Université de Colombie-Britannique, qui a passé une partie de l’année dernière au Groenland pour étudier la fonte de la calotte glaciaire.

    De plus, même la « farine de roche » qui se trouve sous la calotte glaciaire pourrait avoir une grande importance commerciale et stratégique. Broyé en nanoparticules par le poids écrasant de la glace, des recherches ont révélé qu’il avait des propriétés presque miraculeuses, explique Dwayne Menezes, directeur de la Polar Research and Policy Initiative à Londres.

    « Les scientifiques ont découvert que la farine glaciaire du Groenland a une composition nutritionnelle particulière qui lui permet de régénérer les sols ailleurs », a-t-il déclaré à CBC News. « Elle améliore les rendements agricoles. Elle a des répercussions directes sur la sécurité alimentaire. »

    L’épandage de farine de roche du Groenland sur les champs de maïs du Ghana a permis d’ augmenter de 30 à 50 % les rendements des cultures. Des gains de rendement similaires ont été observés lorsque cette farine a été épandue sur les champs danois qui produisent l’orge destinée à la bière Carlsberg.

    Avec la fonte des glaces déposant environ un milliard de tonnes de farine glaciaire par an, le Groenland a le potentiel de restaurer les sols épuisés du monde entier, tandis qu’une seule tonne de cette farine peut capturer 250 kilogrammes de carbone. Ce matériau ne nécessite aucun traitement et il y en a suffisamment au Groenland pour couvrir chaque acre de terre agricole du monde.

    Malgré ces ressources, le Groenland doit relever le défi de tirer pleinement parti de son potentiel géoéconomique. Des conditions environnementales difficiles, des infrastructures limitées et des coûts d’extraction élevés entravent le développement à grande échelle.

    En outre, la dépendance du Groenland à l’égard des subventions danoises complique son chemin vers l’indépendance économique, un facteur essentiel dans l’aspiration de l’île à une pleine souveraineté en vertu de la loi sur l’autonomie gouvernementale du Groenland de 2009.

    Si la plupart des Groenlandais sont favorables à une éventuelle indépendance, trouver un équilibre entre l’exploitation des ressources, la gestion de l’environnement et la préservation de la culture reste une tâche délicate.

    L’intérêt de Donald Trump pour le Groenland reflète son importance stratégique dans la géopolitique arctique. En tant que président, Trump a décrit le Groenland comme essentiel à la sécurité nationale des États-Unis, citant sa situation géographique, ses ressources et son potentiel à contrer l’influence croissante de la Russie et de la Chine dans l’Arctique.

    L’affirmation de Trump selon laquelle le Danemark était incapable de gérer efficacement le Groenland a suscité la controverse, son administration ayant même évoqué la possibilité d’une intervention militaire pour acquérir l’île.

    Ces propos ont suscité de vives réprimandes de la part des dirigeants danois et groenlandais, qui ont réaffirmé le droit du Groenland à l’autodétermination et rejeté toute idée de vente.

    L’attention portée par Trump au Groenland s’inscrit dans le cadre de sa stratégie plus vaste dans l’Arctique, qui met l’accent sur la domination américaine dans la région. Les politiques de son administration, notamment les décrets visant à accélérer le développement des ressources en Alaska, témoignent des efforts déployés pour renforcer la sécurité énergétique des États-Unis et réduire leur dépendance aux approvisionnements étrangers.

    Trump a également lié la position stratégique du Groenland aux nouvelles voies de navigation, soulignant son potentiel en tant que plaque tournante logistique et avant-poste militaire dans l’Arctique.

    Alors que le gouvernement du Groenland s’est déclaré ouvert à des partenariats commerciaux avec les États-Unis, la rhétorique de Trump, notamment les menaces de sanctions économiques contre le Danemark, a tendu les relations diplomatiques et suscité des inquiétudes quant à la stabilité de l’Arctique.

    L’importance géostratégique et géoéconomique de l’île a également attiré l’attention d’autres puissances mondiales, notamment la Chine et la Russie. Les ambitions de la Chine dans l’Arctique, décrites dans son livre blanc de 2018 sur la « Route de la soie polaire », incluent la sécurisation de l’accès aux minéraux essentiels du Groenland et aux voies de navigation potentielles.

    Cependant, les investissements chinois au Groenland ont été contrariés par l’opposition locale et la pression américaine, plusieurs projets miniers et d’infrastructures n’ayant pas abouti.

    Parallèlement, la militarisation de l’Arctique par la Russie, associée à ses revendications territoriales dans le cadre de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), montre l’importance croissante de la région en tant que théâtre de compétitions géopolitiques.

    Du point de vue de la poursuite des intérêts stratégiques des États-Unis, la première administration Trump s’était concentrée sur trois domaines principaux : la domination énergétique, la confrontation avec la Chine comme principal défi géoéconomique et géopolitique pour Washington et la critique à l’encontre des alliés de l’OTAN qui ne dépenseraient pas suffisamment pour la défense et la sécurité.

    Pour le deuxième mandat Trump, il est très probable que des régions spécifiques telles que l’Arctique soient comprises dans une matrice plus large de préoccupations alors que les États-Unis évoluent dans un monde où la Chine, la Russie et une multitude d’autres pays tels que l’Iran, la Corée du Nord, le Brésil et l’Afrique du Sud travaillent les uns avec les autres sur une gamme de projets commerciaux, de ressources et de sécurité.

    La Chine, l’Indonésie et le Brésil sont par exemple tous trois d’importants producteurs et raffineurs de minéraux essentiels tels que le cobalt, le nickel et le lithium.

    Mais lorsque Trump parle d’acquérir le Groenland, rebaptise le golfe du Mexique « golfe d’Amérique » et rêve de prendre le contrôle du canal de Panama, il parle directement d’une préoccupation pour la sécurité de « l’hémisphère occidental »

    Le fondement de la puissance américaine actuelle et future dépend donc du maintien de la domination énergétique, de l’investissement dans la défense et du maintien d’une forme de bastion dans l’hémisphère occidental.

    En effet, l’offre d’achat du Groenland révèle fondamentalement la crainte que les États-Unis ne soient pas en mesure de contenir la Chine et ses projets d’accroître sa domination en Asie de l’Est (y compris à Taïwan) et au-delà. Si cela se concrétise, les États-Unis ne devraient pas compter sur des alliés plus petits et plus faibles comme le Danemark et le Canada, et d’autres comme le Panama, pour défendre les intérêts de Washington et de l’OTAN.

    Dans l’Arctique nord-américain, Donald Trump hérite d’une situation où la position des États-Unis en tant qu’État côtier est incontestée. Bien qu’ils ne soient pas officiellement parties à la CNUDM, les États-Unis ont établi ce qu’ils estiment être leurs droits souverains sur le plateau continental étendu de l’Alaska.

    L’acquisition du Groenland pourrait ainsi avoir pour but d’empêcher définitivement la Chine de prendre pied dans l’Arctique nord-américain. Cette démarche semblerait d’autant plus opportune que la quête de puissance de Pékin ne se dément pas.

    Donald Trump a sans doute entendu que l’Arctique « fond », inexorablement, y compris la calotte glaciaire du Groenland. Bien qu’il n’y ait pas de corrélation simple entre la fonte, l’accès et l’exploitation, cela alimente l’idée que d’autres chercheront à tirer parti de cette situation.

    L’accès potentiel aux terres rares au Groenland offrirait par ailleurs des avantages supplémentaires compte tenu de la décision de la Chine, à partir de 2023, de restreindre l’exportation de ces minéraux face aux tensions commerciales croissantes avec les États-Unis

    Cependant, ces mêmes facteurs font également du Groenland un point de tension potentiel pour les conflits. La concurrence croissante entre les grandes puissances, les États-Unis, la Russie et la Chine, pour les ressources et l’influence de l’Arctique augmente le risque de conflits territoriaux et de militarisation de la région.

    L’autonomie croissante du Groenland et l’importance qu’il accorde à son autodétermination compliquent encore davantage les choses, car les décisions locales sur l’exploitation des ressources et les partenariats internationaux seront inévitablement liées à des intérêts géopolitiques plus larges.

    L’importance stratégique du Groenland, bien qu’elle constitue un atout, pourrait également devenir un handicap si les intérêts concurrents dégénèrent en conflit ouvert. L’approche effrontée de Trump à l’égard du Groenland souligne la nécessité d’un équilibre prudent entre les objectifs de sécurité nationale, la durabilité environnementale et le respect de la souveraineté de l’Arctique pour assurer la stabilité à long terme dans le Grand Nord.



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