Grande perdante depuis le conflit russo-ukrainien, la chimie peine à se relever. La majorité des acteurs de ce secteur connaissent un parcours boursier compliqué. La hausse du coût de l’énergie a compliqué leur redressement. Au fur et à mesure que ce risque s’est dissipé dans le temps, des capacités de production ont été réduites, si bien qu’on peut se demander si le secteur a atteint son bottom.
Pourtant, la chimie risque de jouer un rôle dans les années à venir. La décarbonation du monde industriel et la transition énergétique font partie des défis auxquels les chimistes doivent faire face. Les conflits géopolitiques récents mettent en lumière l’importance stratégique des matières premières. Le grand public oublie que les métaux sont issus de minerai. Cette notion stratégique s’étend aux matériaux de synthèse ou dérivés d’hydrocarbures, nécessaires à la fabrication de produits finis et auxquels la chimie intervient dans leur chaîne de valeur.
Dans cet article, nous allons redécouvrir un secteur en berne qui mérite d’être connu sous un autre angle, puis montrer une opportunité invisible du marché haussier sur les matières premières.
Une industrie gourmande en énergie
La dépendance à l’utilisation au gaz naturel rend l’industrie chimique fragile. Elle subit sensiblement la fin progressive des approvisionnements bon marché en gaz russe. D’ailleurs, les entreprises du Vieux Continent paie nettement plus cher leur gaz que leurs concurrents nord américains et asiatiques, ce qui entrave indéniablement leur compétitivité.
Les décideurs politiques ne se rendent pas compte de l’impact économique des sanctions contre la Russie et ses conséquences : « Lorsque la chimie tousse, c’est tout un pan industriel qui s’enrhume ». Des pans entiers, comme l’automobile, les machine-outils ou la sidérurgie, mangent leur pain noir. L’Allemagne, par exemple, voit ses bénéfices des réformes Hartz se dissiper à vitesse grand V au point de laisser sa place de leader industriel mondial à la Chine. Désormais, la chimie européenne se situe à la croisée des chemins : laisser la part du gâteau à ses concurrents qui ont déjà pris un temps d’avance ou se battre pour préserver son existence.
Dans l’hypothèse d’une reprise potentielle en Europe, celle-ci se révèlerait fulgurante compte tenu des capacités basses de production. D’un autre côté, l’espoir d’une reprise est douché par le poids des normes environnementales (ESG, ISR) instaurées par l’Union européenne. Bien que destinées à se démarquer des États-Unis et de la Chine sur le plan environnemental, elles sont perçues comme un fardeau par l’industrie. Les concessions et reports accordés pour une adaptation progressive témoignent de ce dilemme : l’Europe doit adapter son modèle pour gagner en crédibilité internationale, et non s’emmêler les pinceaux à marche forcée.
Des risques déjà intégrés dans les cours : Le moment de devenir contrariant ?
La mauvaise nouvelle est que les entreprises de la chimie restent boudées par le marché. La bonne nouvelle est que le scénario du pire est intégré par le marché. Les acteurs concernés ont déjà émis des profits warning en amont. Si d’autres devaient suivre, le risque d’une lourde rechute serait moindre, alors que les investisseurs sont déjà à l’écart du secteur depuis un certain temps. À cela s’ajoutent des plans de restructuration moyennant des cessions d’actifs et des fermetures de sites dans la perspective de retrouver une taille critique pour anticiper un début de reprise potentiel.
Le fait que la chimie boit la tasse depuis presque quatre ans, laisse à penser que les valorisations retrouvent de l’attractivité, tout en ayant une prise de conscience à propos d’une prime de risque élevé. Si vous estimez que le bottom a lieu, des entreprises comme Arkema (AKE), BASF (BAS), Covestro (1COV) sont les mieux positionnées pour une reprise de l’industrie européenne (ou du moins ce qu’elle reste). De l’autre côté de l’Atlantique, vous pouvez jeter un œil sur Dow Chemicals (DOW), numéro deux mondial des produits chimiques. La moindre bonne nouvelle suffirait pour réaliser des gains substantiels sans forcément que leurs cours aillent vers leurs plus hauts historiques.
Conclusion
En conclusion, si ça tenait qu’à moi, investir dans la chimie n’est pas de tout repos en raison de sa sensibilité aux aléas économiques. Ce n’est pas l’endroit pas pour une gestion conservatrice d’un portefeuille de long terme. Les années qui ont suivi le conflit russo-ukrainien vous l’ont démontré : un changement de règle du jeu venu de nulle part, peut détruire à tout moment le capital patiemment constitué. Comme je le dis maintes fois à mes membres de Finneko, investissez dans ce que vous connaissez au risque de vous disperser.
Compte tenu de sa complexité, l’industrie chimique reste un champ d’investissement réservé à des investisseurs chevronnés, désireux d’y ajouter un profil dynamique à leur portefeuille.

