Le voile qui flotte sous les nuages de Vénus pourrait avoir une origine inattendue.
Les sondes envoyées vers Vénus avaient repéré dès les années 1970 une couche de très petites particules sous les principaux nuages. Ce brouillard se trouve surtout sous environ 47 km d’altitude. Son origine restait inconnue.

Deux traitements d’une image de Vénus prise par Mariner 10 : à droite, le contraste renforcé révèle davantage de structures dans la couverture nuageuse.
Crédit : NASA/JPL-Caltech.
Les chercheurs ont intégré sa formation directement dans un modèle décrivant les petites particules de l’atmosphère. Leur scénario commence avec la poussière cosmique qui tombe en permanence sur Vénus. Les minuscules grains venus de l’espace chauffent fortement en entrant dans l’atmosphère, se vaporisent puis reforment des particules minérales extrêmement petites.
Ces particules se retrouvent ensuite dans les nuages d’acide sulfurique. En descendant vers des couches plus chaudes, l’acide sulfurique s’évapore. Les petits noyaux minéraux restent alors seuls, se rencontrent et se collent les uns aux autres. Leur accumulation forme progressivement le brouillard observé sous les nuages.
Le résultat est surtout convaincant, car le modèle reproduit la taille des particules mesurées par les anciennes sondes. Les calculs montrent qu’un apport continu de poussière spatiale suffit à maintenir la couche observée.

Vue d’artiste de la sonde DAVINCI descendant dans l’atmosphère de Vénus au-dessus d’Alpha Regio.
Crédit : NASA Goddard Space Flight Center.
Ces grains jouent aussi un rôle plus haut dans l’atmosphère. Ils servent de surfaces sur lesquelles l’acide sulfurique peut se condenser, ce qui facilite la formation des nuages. Dans les simulations, leur présence augmente la quantité de nuages produite d’environ 20 à 30 % par rapport à un modèle sans cet apport.
Une seconde énigme pourrait également trouver un début d’explication. L’atmosphère de Vénus absorbe fortement une partie des ultraviolets, sans que la substance responsable ne soit actuellement clairement identifiée. La poussière cosmique contient notamment du fer et du magnésium. Les chercheurs considèrent que certains composés du fer pourraient contribuer à cette absorption.
Le mécanisme pourrait dépasser le cas de Vénus. Des poussières venues de l’espace tombent aussi sur les planètes géantes et sur d’autres mondes entourés d’une atmosphère épaisse. Elles peuvent donc là aussi participer à la formation de brumes et de nuages.
De nouvelles mesures seront nécessaires pour vérifier directement cette origine. Les chercheurs comptent notamment sur de futures sondes capables d’analyser l’atmosphère pendant leur descente. La mission DAVINCI de la NASA doit justement étudier en détail la composition de l’atmosphère vénusienne lors d’une future plongée vers la surface.
