Des fossiles conservés depuis plus de 60 ans pourraient déplacer de plusieurs millions d’années un repère majeur de l’histoire des premiers dinosaures.
L’histoire commence en Tanzanie, avec des os découverts lors d’une expédition britannique en 1963. Conservés au Natural History Museum de Londres, certains n’avaient jamais été étudiés en détail. Une équipe internationale vient d’identifier parmi eux une nouvelle espèce, baptisée Dinodontosaurus isiyavamanda. L’animal vivait il y a environ 240 millions d’années, durant le Trias.

Reconstitution de Dinodontosaurus isiyavamanda, dicynodonte herbivore ayant vécu en Tanzanie il y a environ 240 millions d’années.
Crédit : Gabriel Ugueto et al. — CC BY 4.0
Ce n’était pas un dinosaure. Il appartenait aux dicynodontes, de grands animaux herbivores à quatre pattes qui vivaient bien avant l’apparition des mammifères modernes. Leur lignée est plus proche de celle des mammifères que de celle des dinosaures. Le spécimen tanzanien comprend notamment un squelette associé à un crâne découvert plus récemment.
La surprise vient surtout de son identité. Jusqu’ici, le genre Dinodontosaurus n’était connu qu’en Amérique du Sud. Sa présence confirmée en Afrique de l’Est permet donc de rapprocher les roches fossilifères de Tanzanie de formations sud-américaines où le même genre a vécu.
Pourquoi cela change-t-il l’histoire des dinosaures ? Les couches rocheuses tanzaniennes concernées ont aussi livré Nyasasaurus et Asilisaurus. Ces animaux sont au cœur des discussions sur les tout premiers dinosaures et leurs proches parents. L’âge exact de ces fossiles joue donc un rôle direct dans la chronologie de leurs origines.

Reconstitution d’Asilisaurus kongwe, proche parent des dinosaures découvert dans les couches triasiques de Tanzanie également étudiées pour leur datation.
Crédit : Smokeybjb — CC BY-SA 3.0
Jusqu’à présent, les chercheurs rapprochaient notamment ces roches de formations d’Afrique du Sud considérées comme plus anciennes. Mais Dinodontosaurus établit désormais un lien avec des couches d’Amérique du Sud mieux datées. Des mesures radiométriques récentes indiquent que celles-ci peuvent être jusqu’à 10 millions d’années plus jeunes que les formations sud-africaines utilisées comme référence.
Autrement dit, les candidats au titre de plus anciens dinosaures trouvés en Tanzanie seraient probablement moins anciens qu’on ne le pensait.
Cette découverte rappelle aussi l’intérêt des collections anciennes. L’un des chercheurs avait déjà examiné ce squelette en 1994 et pensait alors avoir affaire à une espèce inconnue. Il aura fallu près de trois décennies supplémentaires, une nouvelle équipe et des techniques modernes d’examen pour établir précisément son identité et ses liens avec les fossiles sud-américains.
Une grande partie du squelette tanzanien reste encore à étudier. Les chercheurs comptent comparer ces os avec ceux des spécimens sud-américains et analyser la façon dont ces grands herbivores se déplaçaient et se nourrissaient. Ces travaux pourraient aussi préciser comment plusieurs espèces de dicynodontes partageaient les mêmes milieux au Trias.
