D’immenses tranchées presque invisibles à la surface de l’Australie trahissent la présence de profondes grottes cachées.
Ces formes traversent la plaine de Nullarbor, dans le sud du pays. Certaines dépassent 20 km de longueur et mesurent généralement entre 100 et 500 m de largeur. Pourtant, leur profondeur reste inférieure à 9 m.

Vue depuis l’intérieur des grottes de Murrawijinie, sur la plaine de Nullarbor, en Australie.
Crédit : Stephen Mabbs / Unsplash.
À première vue, ces dépressions allongées ressemblent à d’anciennes vallées creusées par l’eau. Les chercheurs ont cependant constaté qu’elles ne possèdent pas le réseau de drainage attendu. Les sédiments ne portent pas non plus les traces caractéristiques d’un ancien écoulement organisé.
Pour comprendre leur origine, l’équipe a combiné plusieurs méthodes. Elle a étudié la forme du terrain, les grottes déjà connues, les sédiments et les falaises où les couches rocheuses sont visibles. Des mesures géophysiques ont aussi permis de sonder indirectement ce qui se trouve sous la surface.
Le résultat relie ces tranchées à des cavités beaucoup plus profondes. Dans la région, certaines grottes descendent entre 50 et 150 m sous le sol. Lorsque leur plafond cède progressivement, les roches situées au-dessus s’affaissent à leur tour. Ce mouvement peut remonter lentement jusqu’à la surface et y former une longue dépression.

Dolines d’effondrement et déformations rocheuses associées aux tranchées étudiées sur la plaine de Nullarbor.
Source : Lipar et al., Communications Earth & Environment, CC BY-NC-ND 4.0.
Autrement dit, il ne s’agit pas nécessairement d’un grand effondrement brutal ouvrant un gouffre. Le terrain peut s’abaisser progressivement au-dessus d’un passage souterrain. Avec le temps, des sédiments remplissent en partie la zone affaissée. Le relief final devient alors très discret malgré la taille de la structure située dessous.
La plaine de Nullarbor constitue un terrain favorable pour conserver ces traces. Cette plateforme calcaire de plus de 200 000 km² est exposée depuis plus de 14 millions d’années. Son climat sec limite fortement l’action des rivières, qui pourrait autrement modifier ou effacer ces faibles reliefs.
Cette découverte fournit aussi des indices pour rechercher des cavités ailleurs sans en voir directement l’entrée. Une longue dépression peu profonde, dépourvue de véritable drainage et associée à d’autres signes d’effondrement peut signaler un réseau souterrain. Cette lecture du paysage peut intéresser la géologie, mais aussi certains travaux d’aménagement ou l’étude des eaux souterraines.
Les chercheurs envisagent enfin d’appliquer ces critères à d’autres mondes. Sur Mars, certaines dépressions allongées ont été attribuées à d’anciens écoulements. Dans certains cas, une cavité souterraine puis son effondrement pourraient constituer une autre explication. Les grottes planétaires intéressent notamment les scientifiques car elles peuvent protéger leur intérieur des conditions difficiles de la surface.
